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La conférence inaugurale du FAN 2010 se voulait une invitation à la réflexion sur les usages et la place que prend le numérique dans notre société. Pour le moins que l’on puisse dire, elle n’a pas failli à l’objectif que le comité de programme lui avait assignée.
Nous étions donc invités à cette réflexion en compagnie de deux personnes qui, à divers titres, participent à l’étude des évolutions qui chaque jour se manifestent dans nos comportements, que ce soit au sein de nos entreprises ou bien dans notre vie quotidienne et ceci, au fur et à mesure que les outils du monde numérique se popularisent.
Claudie Haigneré, médecin rhumatologue, docteur ès sciences et actuelle Présidente de la Cité des Sciences et de l’Industrie, apportait, dans cette discussion, sa vision pragmatique de scientifique acquise notamment au travers de sa pratique médicale, mais aussi, de sa participation aux missions spatiales franco-russes de la fin des années 90.
Comme Président d’Eurogroup Institute Hervé Juvin, pour sa part, a éclairé le débat grâce à sa compréhension stratégique de l’évolution des comportements de nos sociétés au travers de son expérience de sociologue et d’économiste ainsi que de sa pratique quotidienne en conseil stratégique auprès de nombreuses entreprises françaises de dimension internationale.
Le constat que les deux orateurs ont délivré fait état d’un bouleversement profond dans le fonctionnement de nos organisations par une sorte d’inversion des pouvoirs de force due à la pénétration généralisée des outils de la société de l’information et à leurs usages. Ces outils ont tendance, notamment, à faire disparaître la traditionnelle distance entre la vie privée et la vie professionnelle.
Nous assistons donc à ce qu’Hervé Juvin appelle une révolution anthropologique car les outils du monde numérique prennent le pouvoir et leur puissance tend à nous dépasser et ce pouvoir se manifeste sur les individus comme sur les organisations humaines indépendamment de leur nature et des cultures dont elles sont issues.
Le citoyen n’a donc plus la totale maîtrise des outils qu’il utilise et ce qui nous guette, et qui doit aussi nous inquiéter, c’est l’obligation qui nous est faite de ne pas laisser s’installer dans nos sociétés une fracture informationnelle au risque de voir disparaître le lien entre les individus qui la compose.
Claudie Haigneré et Hervé Juvin s’accordent ainsi à dire que le délitement de l’organisation démocratique de nos sociétés est le défi auquel nous sommes confrontés avec son corollaire que constitue le retour en force des organisations primitives basées sur des affinités religieuses, ethniques ou tribales.
C’est ce que nous pouvons constater avec le développement du Web 2.0 et de ses réseaux sociaux dans lesquels une communication horizontale s’instaure ne tenant plus compte des structures hiérarchiques héritées du passé et mettant en évidence la porosité des milieux dans lesquels nous évoluons.
Force est ainsi de constater qu’aujourd’hui l’information s’avère de plus en plus difficile à contrôler car elle réside dans de multiples environnements, s’organise spontanément autour de groupes dont l’existence et l’influence peut être aussi éphémère que destructrices.
Dans le monde où nous entrons où rien ne distingue plus la rumeur de l’information, les réputations, de quelque nature qu’elles soient, peuvent être victimes d’actions malveillantes ou disproportionnées, aussi bien au titre des personnes que des organisations.
Dans cette perspective, Claudie Haigneré se rappelait que lors des entrainements longs et fastidieux en vue de ses missions spatiales, son instructeur russe restait philosophe lorsqu’il déclarait : « De toute façon, rien ne se passera comme prévu ».
Alors faut-il être fataliste tout en se préparant du mieux que nous pouvons à la société de l’information de demain. A cette question, nos deux observateurs ont répondu sans équivoque par l’affirmative.
Hervé Juvin nous a même gratifiés de quelques pistes de réflexion pour l’avenir en prônant notamment le retour nécessaire à la diversité des cultures, source de richesse dans un monde qui tend à tout mettre sur un pied d’égalité.
Au sortir de la crise qu’il ne voit d’ailleurs pas encore poindre encore à l’horizon, Hervé Juvin, avec sa vision d’économiste, nous rappelle que la gratuité des ressources naturelle ne sera plus le moteur du développement.
Nous devrons désormais nous habituer à évoluer dans un monde sans croissance, voire en décroissance, où de nouveaux indicateurs devront être élaborés pour mesurer l’état des économies de nos pays en tenant compte notamment de facteurs qualitatifs liés à l’humains ou à l’environnement.
Pour conclure cette conférence, Hervé Juvin citait une remarque aux connotations très actuelle de Montesquieu : «Nous recevons aujourd'hui trois éducations différentes ou contraires : celle de nos pères, celle de nos maîtres, celle du monde. Ce qu'on nous dit dans la dernière renverse toutes les idées des premières, chose que les anciens ne connaissaient pas. »
Avec la société de l’information et les outils du numérique il semble que nous soyons désormais entrés dans «l’éducation du monde».
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